Depuis des heures , Léonie fixait la tête qui reposait sur l'oreiller voisin du sien.
Plus elle le fixait, plus cette figure lui devenait inconnue; une barbe de 2 jours, les traits mous, flasques, le ronflement entrecoupé de claquements de lèvres.
Qui était ce type?
Ou était son compagnon? Celui qu'elle avait rencontré quelques années plus tôt ?
Bien sur , Léonie savait qu'aucun couple ne pouvait échapper au quotidien, au train-train....mais quand même!
Toujours le respect, la complicité, la séduction ; toujours vouloir plaire, aimer et être aimé.
C'était si beau au début: les rires, les caresses, les discussions jusqu'au bout de la nuit, les silences complices. Sans qu'elle s'en rende vraiment compte, il s'était installé petit à petit chez elle.Quand elle le réalisa , il était trop tard, ils formaient maintenant un vrai petit couple bien installé.Mais cela ne la genait pas , ils étaient si bien.
Léonie ne se rendit pas compte non plu du moment où la rouille s'immissa chez eux.
Cela debuta par la diminution des discussions,par les retours de boulot de plus en plus "lourds".Les responsabilités, les contrariétés, la fatigue...Les petits plats qu'elle continuait à mitonner, le chaleureux accueil..étaient devenus invisibles.Elle-même se sentait transparente.Les baisers passionnés du début avaient mutés en une vague rencontre entre ses lèvres et les siennes.La notion de furtivité prenait tout son sens!
Mais Léonie aimait son homme; pauvre chéri!
L'ange gardien sur son épaule lui soufflait de le soutenir envers et contre tout.
Sur l'autre épaule, le diablotin l'exitait a le jeter dehors;" bientôt , il sera trop tard "lui dit-il, Ce chuchotement avait une telle fermeté qu'un frisson glacial lui parcouru la colonne vertébrale.
Le regard triste et presque vide, Léonie fixait toujours la forme gisant a ses cotés.
Pourquoi n'a-t-elle rien dit quand il a commencé a ne plus se raser?Les hommes savent bien pourtant combien est douloureuse cette toile éméri; où est-il le temps où il se rasait 2 fois par jour juste pour ne pas lui faire mal ?, Malgré les années , Léonie continuait, au sortir du bain , a se remaquiller, a se pomponner , juste pour luui!Au minimum, elle revetait de jolis dessous sur un joli peignoir.Son oeil brillait encore mais Léonie voyait bien qu'il devenait de plus en plus terne, absent.
Evidemment, on ne peut, a 50 ans, être aussi attrayante qu'a 20.Mais elle succitait toujours les regards de convoitise; de moins en moins certes mais il y en avait!
Elle avait gardé son pep, elle était et voulait être une éternelle adulescente et pensait y parvenir.Qu'ont-ils fait de leurs promesses d'éternelle complicité, respect, Amour?
Ne plus se raser, peter, roter,toutes ces choses si " fines" appréciées des femmes.Où sont les etreintes passionnées, les baisers-plumes, la tendresse.Où sont les matins câlins? Maintenant, on se fout d'avoir une haleine de bouc, on se gratte sauvagement le fond du slip; du Raymond Calbute!
"Les hommes et les femmes sont faits pour vivre heureux.....mais pas ensemble"
L'âge sans doute lui avait fait oublier ce principe pourtant essentiel.Quel gâchis!
Comment font les autres?A écouter tout autour de soi, on sait que cela marche très rarement; Il y a ceux qui se séparent et ceux qui restent ensemble pour les gosses, ils se satisfont de ce no man's land ou font le choix de s'en satisfaire.Léonie ne pouvait accepter ça.
Cet étranger ronflant à ses cotés lui jetait à la figure tous ses échecs , ses erreurs.Elle aurait du agir dès le début du déclin, au lieu de, comme a son habitude, comprendre, excuser, soutenir. Elle aurait du crier, frapper, pleurer, menacer..!
Tout à coup Léonie comprit le"il est trop tard" du diablotin.
Au dela des regrets, de la tristesse, elle était à un stade de quasi dégout.Ratée, sa vie était ratée.
Léonie pointa l'arme sur la tempe de son compagnon toujours endormi. Elle se pencha et déposa un ultime témoignage de tendresse et d'amour; ses lèvres déposèrent un léger baiser sur son front, elle lui murmura " pardon" et tira.
Elle sentit le corps sursauter et la chaleur du sang qui s'écoulait sur son bras. Lentement , Léonie porta le canon glacé sur sa propre tempe. Elle n'avait aucun doute, aucune peur, juste une immense tristesse
Léonie appuya sur la gachette.




















MERCI DE VOTRE PASSAGE , QUE LA VIE VOUS SOIT DOUCE.
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